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Deux petits pas sur le sable mouillé, Anne-Dauphine Julliand

Thaïs m'attendait depuis longtemps et je voyais son petit pied se tordre sur le sable.
Et j'avais peur... peur de l'hôpital, peur de ne pas supporter l'injustice qui s'abat sur cette fillette, peur de découvrir la culpabilité, la souffrance d'une mère, d'une famille.
Je savais que son petit frère allait me dire que c'était pas grave la mort, c'était juste... triste.

Quand j'ai ouvert le livre, j'ai été immédiatement prise par cette course contre la montre, mais aussi par ce témoignage qui ose pleurer, et rire, qui dit la gravité, et la légèreté, souvent.
Les enfants et les parents, la famille, les amis et les médecins, sont montrés sous leur plus beau jour, la chute tellement prévisible est inattendue aussi.

Ce livre m'a troublée, enchantée. Étonnamment, il m'a appris quelque chose de la vie.

La danse de la tarentule, Claire Blanchard

Vortex à retardement, tornade dévastatrice, la violence verbale assortie de coups, qui entraîne la famille de l'héroïne vers les tréfonds de l'horreur, crée une tension insoutenable. Cette énergie traversée de talents de pianiste avortée, d'espoirs scolaires sans aboutissement, se meut cependant vers quelque chose, un indéfinissable charme, un possible qui se cherche.

Sans baisser les yeux devant le carnage qui s'opère, l'auteure soutient le récit en ouvrant des portes. Le désespoir qui les ferme irrémédiablement ne suffit pas à assécher la vie arrachée aux instants de paix qui traversent ce drame incessant. 

La vie s'obstine.

Quitte à tuer autant le faire dans l'ordre, Virginie Lloyd

Tueuse dans l'âme ou par nécessité ?

Orpheline, Lily a une relation ambiguë avec la mort.
Réfugiée derrière ses post-it ou dans ses mantras mathématiques, elle a une propension hors du commun à se balader sur la toile pour lui soutirer les informations dont elle a besoin, surtout quand elle joue à la justicière en herbe... Spontanée et calculatrice à la fois, elle est déroutante.

Je n'ai pas tout à fait saisi le fil de son histoire, mais j'ai aimé la plume de l'auteure qui nous entraîne dans des situations loufoques et croustillantes sans sourciller. Une émotion se dégage des aventures de cette héroïne solitaire au grand cœur, qui est prête à tout pour venger ses amis, et qui, malgré ses pulsions et ses bizarreries, déclenchent l'adhésion de son entourage. Créative, Lily nous effraie, elle nous émeut aussi par sa fragilité.

Tu comprendras quand tu seras plus grande, Virginie Grimaldi

Prendre le large et arriver aux Tamaris, une maison de retraite... Julia est consciente que son choix n'a rien de rationnel.
Et pourtant, contre toute attente, c'est bien dans ce lieu a priori déshumanisé qu'elle trouve un ressourcement, et qu'elle rencontre des personnes qui la sortent de son abattement.
L'auteure distille son humour et des piques, plus profondes qu'elles ne pourraient le paraître, à travers un roman décalé dans le monde du troisième âge, dont elle donne une vision édulcorée.
On rit avec Julia et on rêve que la vie dans les maisons de retraite puisse ressembler à ce que vivent ces pensionnaires hauts en couleur.

Les raisins de la colère, John Steinbeck

Personne n'imagine qu'il faudra, du jour au lendemain, passer de vivre à survivre. Et ce drame saisit non pas quelqu'un en particulier, ni même une famille, mais toute une population de paysans arrachés à leurs terres par un tracteur devenu plus rentable.
Le banquier a décidé, la rentabilité exige.

Nous suivons l'exode d'une famille affaiblie par le soin des grand-parents, d'une fille enceinte et d'un ex-prisonnier. Tout va s'arranger, pensent-ils, car la Californie, terre promise, croule sous les fruits, et donc embauche à tour de bras. C'est ce que les annonces veulent leur faire croire. Mais dans les années 30, pas d'autre moyen que de se déplacer pour se rendre compte, et encore... heureusement que l'automobile a fait son apparition.
La réalité est tout autre. Les annonces sont faites pour mettre en concurrence une populace affamée.
Ces malheureux découvrent alors les ressources incroyables de la solidarité, mais est-ce que cela suffira ?

Une force se dégage de ce livre célèbre. Pour moi, il a été difficile d'aller au bout, les pages s'éternisaient, je sais néanmoins que je ne l'oublierai pas. Ici, la rentabilité montre ses limites les plus obscènes. Ce terrible road-movie pose avec acuité des questions encore d'actualité, mais ouvre des horizons toujours possibles grâce à l'entraide des plus démunis entre eux.