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Une vie, Simone Veil

Il y a en Simone Veil la trace d'une blessure qui la traverse de toute part... et qui lui donne une patience étonnante pour affronter les cas de conscience qui se présentent à elle. Elle s'est illustrée en défendant la loi IVG devant un parlement très masculin, avec un discours à la foi pragmatique et humain. Défenderesse de l'Europe, elle permettra aussi qu'une parole rigoureuse soit posée sur la Shoah, prenant garde à ne pas aggraver les soupçons d’antisémitisme qui pèsent sur la France en donnant aux Justes, ces Français qui ont caché des Juifs, la place qu'ils méritent.

Cependant cette autobiographie ne peut, du fait de ces activités, pencher vers le roman ou la littérature. Témoignage historique de grande qualité, cette vie-là ne s'autorise pas à donner de la place à la famille, aux proches, aux peccadilles du quotidien. Simone Veil garde manifestement une profonde affection pour les siens, même s'ils n'ont que peu de place dans les pages qui égrènent ses avis et ses réalisations, mais son cœur s'épanche d'abord sur les malheurs de l'humanité auxquels elle s'attaque avec détermination et méthode.

Le médecin d'Ispahan, Noah Gordon

Un chah lunatique qui lui offre un calaat, une sorte de privilège lui permettant d'accéder aux enseignements de médecine, puis qui lui fait subir une humiliation cuisante par orgueil, nous sommes au XIieme siècle : en quittant Londres pour Ispahan, Rob affronte de terribles déconvenues, il vit aussi une chance extraordinaire, celle de devenir médecin au contact des plus grands, en particulier Ibn Sina autant savant que sage.
Cette formation inclut l'apprentissage du Coran, qui l'a d'ailleurs initié à la langue persane, et celle des préceptes juifs, car il doit cacher ses origines chrétiennes. Et les villages juifs étaient des enclaves accueillantes à l'abri des bandits de grands chemins.
Le barbier soit-disant juif reste un étranger, d'autant plus qu'il épouse Mary, une jeune femme écossaise. Mais sa passion pour la médecine l'entraîne de découvertes en découvertes, jusqu'aux limites des interdits, parfois au-delà. Et des amitiés authentiques se forgent parmi ceux qui vouent leur vie aux soins de corps meurtris.

L'auteur nous offre une vision du contraste entre Orient et Occident, à travers des religions et des coutumes différentes, qui pourtant se rejoignent sur une nécessité : celle de préserver la vie.
Les guerres et autres combats sont sans pitié, les femmes sont peu respectées, mais, de ce monde cosmopolite, émergent des connaissances et des sagesses étonnantes.

Une belle fresque d'un passé fondateur.

Monsieur Green, Alexandre Debailleul

Monsieur Green est un livre chargé de "clins Dieu"... En tout cas, il est certain qu'une providence veille sur cet enfant abandonné, confié avec bonheur à une maison aux mœurs légères... et qui, en réchappant à un incendie, est recueilli par un couple, à qui, finalement, il saura redonner le sourire.
C'est aussi une histoire de rencontres, avec une âme sœur, avec la nature qu'elle soit animale ou végétale, et enfin un ressourcement.
L'auteur propose un roman original, poétique et doux...

La porte, Magda Szabo

Une servante au grand cœur tourmente, à force de bienveillance forcenée, l'écrivaine qui l'emploie : Émérence vit l'humilité et l'altruisme de manière totalitaire, se rendant indispensable et dressant des défis à ceux qu'elle aime.
L'auteure se met dans la peau d'une narratrice fragile, un personnage à succès qui est ébranlé par les exigences de celle qui la sert. Sa dépendance est d'autant plus grande qu'il lui paraît important de répondre à ces demandes.

Lecture étrange où l'on est partagé entre l'étonnement devant cette femme du monde pliant devant sa subalterne aguerrie, et la colère ou l'admiration pour cet être simple et entier qui se donne jusqu'au moment où elle est aimée. Viennent alors des exigences incongrues...

L'auteure nous plonge dans un microcosme domestique qui donne à réfléchir sur ce que peut ou doit être le don de soi et l'amour des autres.